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Résumé:

Quatre hommes en fuites acceptent de transporter en camion un chargement de nitroglycérine instable. Sur leurs routes se dresseront les éléments de la nature et un grand nombres d'embûches dont tous ne survivront pas.

Mon avis: 

En ce qui me concerne j'ai été littéralement scotché devant "Le Convoi de la peur" qui, réussit très bien à se démarquer du film de Clouzot. Les personnages sont tous aussi antipathiques les uns que les autres, et cela à un tel point qu'il est littéralement impossible de s'identifier à eux. Deux d'entre eux se distinguent tout particulièrement: le premier Victor Manzon dit "Serrano" (Bruno Cremer) a fui la France après avoir été accusé de fraude. Après le suicide du seul homme qui aurait pu tout arranger, celui ci quitte son épouse sans lui dire un seul mot.

Le second Jackie Scanlon (Roy Scheider) dit "Dominguez" a quitté les États-Unis après avoir braqué une Église avec son gang. L'un de ses membres n'a pas hésité à abattre le prêtre mais se dernier s'étant tué au cours d'un accident de voiture, ce sera sur Scanlon que le frère de l'homme de religion, qui n'est autre qu'un puissant caïde mafieux, se rabattra pour assouvir se vengeance. Traqué, Scanlon n'a donc pas d'autre choix que de fuir. Ici il n'est nul question de personnages aux actes héroïques et au sein de l'équipe la solidarité est vraiment toute relative. Les tensions entre les quatre protagonistes sont fortes et naviguent entre la menace verbal et la violence physique.

Le personnage de Scheider va même jusqu'à jubiler à l'idée que la seconde équipe puisse échouer. Il ne voit qu'une chose: empocher la prime de l'un d'eux. Roy Scheider offre ici une performance de tout premier ordre. Le comédien passe à travers toutes les étapes de l'épuisement tant physique que psychologique et cela, au fur et à mesure que le film avance. On le voit s'enfoncer de plus en plus loin dans la dépression qu'à la fin, il n'est plus que l'ombre de lui même. Une telle interprétation aurait mérité d'être plus remarquée et force est de constater que Scheider reste encore aujourd'hui un acteur trop sous estimé.

Le reste du casting s'en sort avec les honneurs, mention spécial à Bruno Cremer qui est ici la parfaite représentation de l'autorité dans une opération qui en manque cruellement. Cela en devient d'autant plus évident lorsque les autres membres de l'équipe doivent se passer de lui.

William Friedkin déploie ici tout ce qui fait le brio de son cinéma et cela dans des conditions assez difficiles. Sa mise en scène se montre imaginative et efficace à tous les niveaux, et son film ne souffre à mes yeux d'aucune baisse de rythme. Je reste impressionné par la séquence du pont qui se révèle être à la fois la plus spectaculaire et la plus tendue de toutes celles qui composent le film.

"Le Convoi de la peur" reste à mes yeux un chef d'œuvre méconnu et mésestimé qui mérite d'être redécouvert à sa juste valeur. Le tout accompagné par la musique envoûtante de Tangerine Dream. Je peux comprendre que l'on se demande ce que cette autre adaptation du roman de Arnaud apporte de plus à celle de Clouzot, mais pour moi cela reste l'oeuvre la plus aboutie de son réalisateur et une véritable leçon de mise en scène.